Pendant des décennies, Tatayet a fait rire des générations de téléspectateurs en Belgique et en France. Derrière cette petite créature à la fourrure reconnaissable entre mille se trouvait Michel Dejeneffe, ventriloque belge qui lui a consacré une grande partie de sa vie.
Mais l’histoire de Tatayet ne commence ni dans un studio de télévision, ni sur une grande scène. Elle serait née d’un objet pour le moins inattendu, offert presque par hasard à son créateur.
Et sans ce cadeau singulier, Tatayet n’aurait peut-être tout simplement jamais existé.

Tout commence par un cadeau inattendu
À l’époque, Michel Dejeneffe se produit avec la troupe des Tontons et multiplie les spectacles, notamment dans des maisons de retraite et des orphelinats.
C’est justement lors d’un passage dans une maison de retraite qu’une rencontre va changer le cours de son histoire.
Une pensionnaire lui remet alors un ancien col de fourrure, estimant que le ventriloque pourrait en faire quelque chose puisqu’il fabriquait des marionnettes.
Sur le moment, Michel Dejeneffe ne semble pourtant pas mesurer l’importance de ce présent.
Il raconte avoir laissé le col de côté pendant plusieurs mois.
Puis, un jour, il retombe dessus.
C’est là que tout bascule.
Une nuit pour faire naître Tatayet
En retrouvant ce morceau de fourrure, Michel Dejeneffe a soudain une idée.
L’inspiration est immédiate. Il décide de créer un nouveau personnage et, selon son propre récit, le construit en une seule nuit.
Cette étrange créature à la fourrure devient alors Tatayet.
Une histoire presque improbable : un simple objet dont personne n’aurait pu deviner qu’il deviendrait un jour l’un des personnages les plus populaires de la télévision belge.
Même son nom cache une histoire familiale
La naissance de Tatayet ne s’arrête pourtant pas à son apparence.
Michel Dejeneffe lui trouve rapidement une voix aiguë, qui contribue à façonner son identité.
Quant au nom « Tatayet », il vient lui aussi d’un souvenir familial.
Le ventriloque expliquait qu’une petite fille qui ne parvenait pas à prononcer correctement « Tante Henriette », le nom de sa mère, disait « Tatayet ».
Le nom est resté.
Et il allait bientôt devenir indissociable du personnage.
Des cabarets aux plateaux de télévision
Après ses débuts dans les cabarets, Tatayet prend progressivement une nouvelle dimension.
Dans les années 1980, le personnage devient particulièrement populaire en Belgique grâce à la télévision. Le Tatayet Show, diffusé sur la RTBF de 1986 à 1992, contribue largement à installer la marionnette dans la mémoire collective.
Tatayet apparaît également dans les émissions françaises de Patrick Sébastien et partage certains plateaux avec des personnalités politiques et médiatiques.
Parmi les souvenirs racontés par Michel Dejeneffe figure notamment une rencontre avec Jacques Chirac, alors maire de Paris, sur un plateau de Patrick Sébastien. La marionnette lui avait posé une question et l’homme politique avait répondu avec une amusante voix de canard.

Tatayet était devenu plus célèbre que son créateur
Au fil des années, le personnage finit par occuper une place particulière.
Michel Dejeneffe ne cherchait pas nécessairement à être reconnu lui-même. Au contraire, il expliquait apprécier le fait de rester dans l’ombre de Tatayet.
Le personnage devient ainsi bien plus qu’un simple accessoire de spectacle : il acquiert sa propre personnalité, son propre ton et une véritable popularité.
Disques, livres et produits dérivés voient également le jour autour de Tatayet. Deux albums de bande dessinée seront notamment consacrés au duo dans les années 1990.
Quarante ans de vie commune avant les adieux
Tatayet aura accompagné Michel Dejeneffe pendant environ quatre décennies.
En 2016, le ventriloque annonce qu’il souhaite mettre fin aux représentations du personnage, notamment parce que la ventriloquie demande beaucoup d’efforts physiques. Les adieux à la scène sont prévus pour 2017.
Mais même après cette décision, l’attachement reste immense.
Car derrière le personnage qui faisait rire le public se trouvait une histoire beaucoup plus intime : celle d’un artiste ayant consacré une grande partie de sa vie à une créature née presque par accident.
Un simple col de fourrure, oublié pendant des mois, aura finalement donné naissance à Tatayet.

Et c’est peut-être ce qui rend son histoire si particulière : personne, au moment où cet objet a changé de mains, ne pouvait imaginer qu’il deviendrait le point de départ d’une aventure qui allait durer plus de quarante ans.